L’Université d’Abomey-Calavi (UAC), institution phare de l’enseignement supérieur au Bénin, continue d’accueillir chaque année des milliers d’étudiants avides de savoir et d’ascension sociale. Pourtant, derrière cette dynamique académique se cache une réalité de plus en plus préoccupante : de nombreuses filières offertes, notamment en sciences humaines et sociales, semblent de moins en moins en phase avec les exigences du monde professionnel contemporain.
La Sociologie, l’Histoire-Géographie, les Sciences du langage, la Philosophie ou encore les Lettres modernes figurent parmi les disciplines les plus représentées mais également les plus exposées au spectre du chômage post-universitaire. Ces formations, bien que riches en contenu théorique et en outils d’analyse, peinent à offrir aux diplômés des débouchés concrets dans un environnement économique désormais orienté vers les technologies, les compétences techniques et la rentabilité immédiate.
Une formation intellectuelle déconnectée des réalités économiques
Les diplômés issus de ces filières font face à un dilemme cruel : hautement qualifiés sur le plan académique mais faiblement opérationnels selon les standards du marché. Les entreprises, start-ups, ONG ou administrations, dans leur grande majorité, recherchent des profils immédiatement employables, capables de répondre à des besoins spécifiques : gestion de projets, finance, informatique, communication digitale, ingénierie, etc. Les formations axées uniquement sur la réflexion critique ou l’analyse théorique n’entrent que rarement dans ce moule.
À défaut d’intégrer le système éducatif en qualité d’enseignants – souvent leur seule véritable perspective – ces jeunes diplômés se voient contraints de rejoindre les rangs du chômage ou de se réorienter tardivement vers des activités informelles ou sans lien avec leur spécialité.
Une orientation académique par défaut
Il faut également souligner que l’inscription dans ces filières n’est, dans de nombreux cas, ni un choix éclairé ni un projet professionnel réfléchi. Elle résulte souvent de l’échec à intégrer des formations sélectives telles que le Droit, l’Économie, les Sciences de gestion, l’Informatique ou la Médecine. Ce phénomène d’orientation par défaut contribue à un désengagement progressif des étudiants et à une baisse de motivation, rendant leur formation encore moins efficiente.
Une réforme devenue incontournable
Face à ce constat, la nécessité d’une réforme structurelle de l’offre de formation à l’UAC devient urgente. Il ne s’agit pas d’abolir les filières en question, mais de les repenser dans une logique de professionnalisation : intégrer des modules appliqués, encourager les projets concrets, développer les stages, créer des passerelles avec le monde de l’entreprise et favoriser la pluridisciplinarité.
Une responsabilité partagée
Ce chantier ne saurait reposer uniquement sur l’université. Il appelle une concertation élargie entre les ministères concernés, les employeurs, les collectivités territoriales, les étudiants eux-mêmes et les partenaires techniques. L’objectif commun doit être d’offrir aux jeunes une formation qui mène à une véritable autonomie économique, plutôt qu’à une accumulation de diplômes sans valeur professionnelle.
Marc KOSSOU
