Dans les ruelles animées de certaines villes béninoises, un mal insidieux gagne du terrain, s’infiltrant dans le quotidien d’une frange de la jeunesse avec une discrétion inquiétante. Connu sous les appellations d’« Atinkinkouin » ou de « Para », ce produit aux effets dévastateurs s’impose progressivement comme l’un des fléaux les plus préoccupants de notre époque. Derrière ces noms anodins se cache une réalité alarmante : celle d’une drogue qui altère les corps, fragilise les esprits et compromet l’avenir de toute une génération.
Au détour d’un quartier populaire, il n’est pas rare de croiser des jeunes au regard éteint, à la démarche hésitante, prisonniers d’une dépendance dont ils peinent à se libérer. Le « Para », souvent détourné de son usage initial, est consommé pour ses effets euphorisants à court terme. Mais très vite, l’illusion cède la place à une descente brutale : troubles psychiques, agressivité, perte de repères, et dans les cas les plus graves, des atteintes irréversibles à la santé.
Les témoignages recueillis sur le terrain sont édifiants. « Au début, c’était pour oublier les soucis, pour tenir le coup », confie un jeune consommateur, visiblement marqué par les stigmates de cette addiction. « Mais aujourd’hui, je ne me reconnais plus », ajoute-t-il, la voix tremblante. Comme lui, ils sont nombreux à s’être laissés piéger par cette substance, souvent accessible à bas prix et circulant sans réel contrôle.
Au-delà des drames individuels, c’est tout le tissu social qui vacille. Les familles, désemparées, assistent impuissantes à la dégradation de leurs enfants. Les établissements scolaires enregistrent des cas croissants d’abandon. Dans certains quartiers, la petite délinquance se nourrit de cette dépendance, alimentant un cercle vicieux dont il devient difficile de sortir.
Face à cette situation préoccupante, les appels à une mobilisation collective se multiplient. Professionnels de santé, éducateurs, leaders communautaires et autorités publiques sont interpellés pour endiguer ce phénomène. La sensibilisation apparaît comme une urgence absolue, tout comme le renforcement des dispositifs de contrôle et de prise en charge des personnes dépendantes.
Car au-delà des chiffres et des constats, il s’agit de vies humaines, de destins brisés avant même d’avoir pu s’accomplir. L’« Atinkinkouin » n’est pas qu’une simple dérive passagère : il est le symptôme d’un malaise plus profond, celui d’une jeunesse en quête de repères, parfois livrée à elle-même.
Il est encore temps d’agir. Mais chaque jour qui passe sans réponse adaptée renforce l’emprise de ce poison silencieux. Tirer la sonnette d’alarme aujourd’hui, c’est refuser de voir sombrer une génération entière dans les abysses de l’oubli.
Marc KOSSOU
