À travers une tribune libre empreinte de lucidité politique et de sens républicain, l’ancien maire de Porto-Novo, Emmanuel Zossou, livre une lecture approfondie des résultats de l’élection présidentielle du 12 avril 2026. Si la victoire éclatante du duo Romuald Wadagni-Mariam Chabi Talata, crédité de 94,05 % des suffrages au plan national, consacre une adhésion massive des électeurs, l’ancien édile estime que certains indicateurs territoriaux appellent une réflexion particulière, notamment dans la capitale politique du Bénin.
Pour Emmanuel Zossou, les chiffres traduisent une réalité nuancée. Le département de l’Ouémé demeure l’un des bastions électoraux les plus solides du pays avec environ 558 000 voix en faveur du duo vainqueur, se positionnant au deuxième rang national derrière le Borgou. Une performance qui confirme, selon lui, la vitalité politique du département. Toutefois, cette dynamique globale est freinée par la contre-performance enregistrée à Porto-Novo.
Une capitale en retrait de l’élan national
L’ancien maire rappelle que le taux de participation national a connu une progression notable, atteignant 63,57 %, contre 50 % lors du scrutin présidentiel de 2021. Dans ce contexte marqué par un regain d’intérêt civique, Porto-Novo aurait enregistré un taux de participation estimé à seulement 37 %, selon des chiffres relayés par certaines sources médiatiques.
Ce niveau apparaît particulièrement faible au regard des performances observées dans plusieurs communes voisines, notamment Bonou (99 %), Dangbo (84 %) ou encore Sèmè-Podji (60 %). Emmanuel Zossou souligne d’ailleurs que si Porto-Novo avait simplement atteint le niveau de mobilisation de Sèmè-Podji, le département de l’Ouémé aurait pu occuper la première place nationale.
Dès lors, le constat est sans équivoque : l’Ouémé reste un bastion politique, mais sa capitale peine à assumer pleinement son rôle moteur.
Les ressorts d’une participation en baisse
Dans son analyse, Emmanuel Zossou identifie plusieurs facteurs explicatifs de cette faible mobilisation électorale dans la ville capitale.
Il évoque en premier lieu les mutations sociologiques du milieu urbain, où les réseaux traditionnels d’influence : familles, notabilités, chefferies qui perdent progressivement de leur capacité mobilisatrice face à des électeurs plus autonomes et plus exigeants.
Il met également en lumière la fragmentation des élites locales. Selon lui, Porto-Novo souffre d’une dispersion des initiatives et d’un manque de synergie entre les différents acteurs politiques et sociaux, contrairement à d’autres communes ayant réussi à fédérer leurs forces autour d’objectifs communs.
Enfin, l’ancien maire relève que les difficultés du quotidien, liées notamment aux enjeux économiques et sociaux, conduisent une partie de la population à reléguer le vote au second plan, faute de percevoir des retombées immédiates et concrètes.
Un enjeu stratégique pour la capitale politique
Pour Emmanuel Zossou, cette abstention ne doit pas être interprétée comme un rejet massif, mais plutôt comme une abstention d’indifférence, phénomène plus insidieux et politiquement préoccupant.
Dans le Bénin de 2026, estime-t-il, la capacité d’un territoire à se mobiliser constitue de plus en plus un indicateur de son influence et de son poids dans les grandes orientations publiques. Porto-Novo se retrouve ainsi confrontée à un double impératif : préserver son statut de capitale politique et renforcer sa crédibilité comme centre de mobilisation citoyenne.
L’appel à un sursaut collectif
En conclusion, l’ancien maire invite les forces vives de Porto-Novo à engager un véritable réveil collectif. Il plaide pour le passage d’une juxtaposition d’ambitions individuelles à une coordination inclusive, un renforcement de l’ancrage local des responsables et une redéfinition concrète de l’utilité du vote aux yeux des citoyens.
Forte de son héritage historique, de son capital humain et de sa légitimité institutionnelle, Porto-Novo dispose, selon lui, de tous les atouts pour redevenir une locomotive politique nationale.
À travers cette tribune, Emmanuel Zossou adresse un message clair : la capitale politique du Bénin ne doit plus rester spectatrice de son propre potentiel. Elle est appelée à retrouver sa voix, son dynamisme démocratique et son rôle fédérateur au service de la nation.
Marc KOSSOU
