La capitale béninoise a été le théâtre, le jeudi 14 août 2025, d’un épisode révélateur des tensions qui minent encore la gouvernance locale. Ce jour-là, le conseil municipal de Porto-Novo s’est réuni en session extraordinaire pour statuer sur l’affectation du résultat budgétaire de l’exercice 2024. Parmi les points phares de l’ordre du jour figurait l’acquisition d’une niveleuse, un engin indispensable au reprofilage des voies dégradées et à l’entretien du réseau routier en pleine saison pluvieuse.
Alors qu’une large majorité des conseillers a reconnu le caractère urgent et vital de ce projet, trois élus — Romulus Biokou, Séraphin Sodjinou et Gilbert Houssou, dit CLCAM — ont choisi de se retirer en pleine séance, refusant de participer au vote. Celui-ci visait à mobiliser près de 300 millions de francs CFA, répartis sur deux exercices budgétaires, pour la réalisation de l’opération.
Leur argument, selon lequel il serait inutile de reprofiler des voies appelées à être asphaltées ultérieurement, n’a guère convaincu. La réalité est pourtant criante : plus de 80 % des artères de Porto-Novo demeurent impraticables, exposant les habitants aux inondations et à de sérieux risques lors de leurs déplacements. Faut-il vraiment attendre un bitumage hypothétique pour agir ?
Cette posture laisse transparaître moins une divergence de vision qu’une volonté manifeste d’entraver le processus. L’un des conseillers concernés, président d’une commission municipale, avait d’ailleurs refusé de convoquer la réunion préparatoire sur ce dossier, confirmant ainsi une attitude d’obstruction davantage motivée par des calculs politiques que par la recherche du bien-être collectif.
Face à ce boycott, le maire Charlemagne Yankoty a fait part de sa déception, tout en réaffirmant son engagement à poursuivre les efforts en faveur du développement de la capitale. S’appuyant sur le soutien de 25 conseillers, il a rappelé que son équipe a déjà assaini en grande partie les finances communales, en réglant plus de 170 millions de francs CFA sur un passif social de 200 millions, le reste étant déjà programmé au collectif budgétaire.
Ce contraste met en lumière deux approches irréconciliables : d’un côté, une majorité d’élus résolument tournée vers le progrès et la modernisation de Porto-Novo ; de l’autre, une minorité enfermée dans une stratégie de la chaise vide, au détriment des aspirations légitimes des populations.
Les habitants, quotidiennement confrontés aux routes défoncées, à la boue et aux inondations, seront les juges ultimes de l’attitude de leurs représentants. Une chose demeure certaine : construire une ville requiert courage, vision et sens du devoir. En choisissant l’obstruction, trois conseillers municipaux se sont clairement placés à contre-courant des attentes de Porto-Novo et de son histoire en marche.
Marc KOSSOU
