La Coupe d’Afrique des nations 2025 a refermé ses portes au Maroc après plusieurs semaines d’intensité dramatique, de prouesses techniques et de polémiques brûlantes. Cette édition, riche en contrastes, aura offert au continent africain un spectacle d’une rare densité, oscillant entre confirmations éclatantes, révélations prometteuses et désillusions retentissantes. À l’heure du bilan, retour sur les équipes dominantes, les figures marquantes, les jeunes prodiges, les rencontres inoubliables, les grandes déceptions et les images qui resteront à jamais gravées dans les mémoires.
Indiscutablement, le Sénégal s’est imposé comme la référence absolue de cette CAN 2025. Fort d’un collectif parfaitement huilé et de l’expérience acquise lors de son sacre de 2022, le champion d’Afrique a su faire parler sa maturité et son sang-froid pour décrocher une deuxième étoile historique. En finale, face au pays hôte, les Lions de la Teranga ont fait preuve d’un caractère monumental, portés par un milieu de terrain impérial incarné par Pape Guèye et une animation offensive aussi imprévisible qu’efficace. Vaincre le Maroc dans un tel contexte relevait de l’exploit ; le Sénégal l’a accompli avec grandeur.
Malgré la déception de la finale perdue, le Maroc sort grandi de sa CAN. Les Lions de l’Atlas, guidés par Walid Regragui, ont proposé un football solide et discipliné, n’encaissant que deux buts sur l’ensemble du tournoi. Entre gestes de grande classe – notamment les spectaculaires bicyclettes d’Ayoub El Kaabi –, une séance de tirs au but mémorable contre le Nigeria sublimée par Yassine Bounou, et une ferveur populaire exceptionnelle au stade Prince Moulay Abdellah, le Maroc a offert un visage séduisant, même si le trophée lui a échappé.
Le Nigeria, quant à lui, aura incarné le panache et le spectacle. Éblouissants jusqu’aux demi-finales, les Super Eagles ont sans doute été la formation la plus flamboyante de la compétition. Le duo offensif Lookman–Osimhen a enchanté les foules, soutenu par une défense intraitable et un milieu athlétique. Battus par le Maroc aux portes de la finale, les hommes d’Éric Chelle n’étaient pourtant pas loin de la consécration, se contentant finalement d’une honorable troisième place.

Les hommes qui ont marqué la CAN
Sadio Mané a définitivement inscrit son nom au panthéon du football africain. Pour ce qui était annoncé comme sa dernière Coupe d’Afrique, le capitaine sénégalais a livré un tournoi de très haut niveau, alliant efficacité (deux buts, trois passes décisives) et leadership naturel. Logiquement élu meilleur joueur de la compétition, il s’offre une sortie magistrale, digne des plus grands.
Meilleur buteur du tournoi, Brahim Diaz aura vécu une CAN paradoxale. Leader technique d’un Maroc ambitieux, il a survolé la compétition avec une régularité impressionnante jusqu’aux demi-finales. Mais sa panenka manquée dans les ultimes instants de la finale restera comme une blessure profonde, une image douloureuse appelée à le poursuivre longtemps.
Côté nigérian, Calvin Bassey s’est imposé comme un véritable roc. Monumental en demi-finale face au Maroc, le défenseur central a livré une prestation d’anthologie, tenant tête pendant 120 minutes à l’une des meilleures attaques du tournoi. Dominateur dans les duels, irréprochable dans le placement et serein à la relance, il aura été l’un des défenseurs les plus impressionnants de cette CAN.
La relève s’affirme
À seulement 17 ans, le Sénégalais Ibrahim Mbaye a écrit l’histoire en devenant le plus jeune buteur de la CAN au XXIᵉ siècle. Véritable joker offensif, percutant et audacieux, il a su se montrer décisif dans les moments clés, notamment lors d’une entrée remarquée en finale. L’avenir s’annonce radieux pour ce prodige des Lions.
En Côte d’Ivoire, Christ Inao Oulaï (19 ans) a incarné avec brio la nouvelle génération. Titulaire convaincant au milieu de terrain, homme du match contre le Gabon et irréprochable face au Burkina Faso, il s’est imposé avec une maturité déconcertante. Aux côtés d’Amad Diallo et Yan Diomandé, il symbolise la relève ivoirienne.
Révélation algérienne, Ibrahim Maza (20 ans), surnommé affectueusement « Mazadona », a conquis le public par son audace et sa créativité. Auteur de deux buts et d’une passe décisive, il a été l’atout offensif majeur des Fennecs derrière Riyad Mahrez, laissant entrevoir l’émergence d’un nouveau chef d’orchestre.
Des rencontres gravées dans l’histoire
La finale Sénégal–Maroc restera comme l’un des matchs les plus fous de l’histoire de la CAN. Scénario renversant, tension extrême, débordements regrettables dans les tribunes de Rabat : cette rencontre a frôlé le chaos. Sortis vainqueurs d’une finale aux allures de tragédie grecque, les Sénégalais n’oublieront jamais les conditions dans lesquelles ils ont conquis leur deuxième étoile.
Autre choc mémorable, le quart de finale Algérie–Nigeria a offert une démonstration de force des Super Eagles. Dominateurs de bout en bout, les Nigérians ont étouffé des Fennecs pourtant séduisants jusque-là, s’imposant 2-0 dans un match à sens unique.
Enfin, Égypte–Côte d’Ivoire a livré un festival offensif. Cinq buts, un champion en titre éliminé, et une nouvelle désillusion pour les Éléphants face à leur bête noire. Malins et efficaces, les Pharaons ont une fois de plus dicté leur loi.
Les ombres au tableau
Sur le plan sportif, la CAN 2025 n’aura pas réservé de véritable conte de fées. Aucune sélection dite « modeste » n’a réussi un parcours héroïque, la hiérarchie ayant été globalement respectée. Cette absence de surprise a laissé un sentiment d’inachevé.
La compétition a également été marquée par de vives controverses arbitrales. Entre dénonciations répétées, soupçons de partialité et scènes de tension entre joueurs et officiels, une atmosphère délétère s’est installée autour de certaines rencontres. Le penalty accordé au Maroc en finale continuera sans doute longtemps d’alimenter les débats.
Enfin, le Gabon et la Tunisie ont cruellement déçu. Éliminées prématurément, les Panthères et les Aigles de Carthage ont payé leur manque d’inspiration et de rigueur, entraînant des bouleversements majeurs au sein de leurs structures techniques.
Les images pour l’éternité
Impossible de ne pas évoquer Michel Kuka Mboladinga, ce supporter congolais devenu icône, rendant hommage à Patrice Lumumba dans les tribunes. Son geste, repris par des fans de tout le continent, a transcendé le simple cadre sportif.
Sur le terrain, le but d’Adil Boulbina contre la RDC restera comme l’un des joyaux de la compétition : une frappe somptueuse en prolongation, envoyée sous la barre, alors que la séance de tirs au but semblait inévitable.
Mais l’image la plus saisissante demeure celle des Sénégalais quittant le terrain en finale après le penalty sifflé pour le Maroc, avant de revenir, unis derrière Sadio Mané, pour finalement triompher. Une scène d’une intensité émotionnelle rare, symbole d’une CAN 2025 aussi déroutante que mémorable.
Ainsi s’achève une Coupe d’Afrique des nations qui, malgré ses zones d’ombre, aura offert au football africain une fresque vibrante, faite de grandeur, de drames et d’émotions à l’état brut.
Marc KOSSOU
