L’affaire suscite depuis bientôt quatre ans des polémiques au sein du landerneau des cultes endogènes béninois et togolais. Il s’agit de la supposée présence de la pierre sacrée « Ata-Kpessou » au Bénin plus précisément dans la ville de Porto-Novo. Une annonce faite par certains dignitaires de la ville aux trois noms qui soutiennent détenir la vraie pierre sacrée. Une déclaration qui a fait réagir l’Association Nationale des Prêtres et Prêtresses de Guin et de Dan Mami du Bénin (Anppgdmb). C’est à travers une conférence de presse animée ce lundi 05 juin 2023 dans la ville capitale que les prêtres et prêtresses réunis au sein de cette association ont, non seulement, dénoncé ce qu’ils qualifient de mensonges et complot contre le Bénin mais ils ont également appelé les autorités de la ville de Porto-Novo et celles au plus haut sommet de l’État à réagir afin d’éviter le pire pour le Bénin.
D’entrée, les conférenciers ont insisté sur le fait qu’aucune pierre sacrée ne s’appelle « Ata-Kpessou » dans le panthéon guin. La pierre sacrée qui est prise depuis plus de 300 ans à Glidji, soulignent les conférenciers, s’appelle « Mama Koley » et fait partie des 41 divinités de l’ère culturelle guin, comme la divinité « Ata-Kpessou ». Celà va sans dire, précisent-ils, que ceux qui prétendent détenir une supposée pierre sacrée sont dans une confusion totale dont le seul but de semer la zizanie au sein de l’opinion publique tant nationale qu’internationale afin de jeter du discrédit sur cette pratique cultuelle propre au peuple guin du Ghana et du Togo.

Pour Togbé Awonidjè Kpessou hounon, président départemental de l’Anppgdmb, la présence des prêtres et prêtresses à Porto-Novo est dûe au fait des agissements de certains dignitaires de culte endogène de la ville qui font croire qu’ils détiennent la pierre sacrée prise à Glidji au Togo depuis plus de 300 ans. À en croire le président départemental de l’Anppgdmb, on ne peut pas mélanger torchons et serviettes. « C’est impossible. Ils vont jusqu’à affirmer sur les réseaux sociaux et dans certains médias que la pierre sacrée prise au Togo est fausse. Une affirmation très grave. Pire, il paraît qu’ils veulent organiser ici à Porto-Novo une cérémonie de prise de la pierre comme cela se fait à Glidji. A-t-on deux Mecque au monde ? Existe-t-il deux pèlerinages de Dassa au monde ? Ces dignitaires veulent opposer le peuple du Bénin à celui du Togo. C’est pourquoi nous donnons l’alerte », a laissé entendre Togbé Awonidjè.
Il sera appuyé par Togbé Toffodji Aikpegbedji, Secrétaire général du bureau national de l’Anppgdmb. Pour ce dernier, les gens veulent opposer le Togo et le Bénin. Ils veulent, insiste-t-il, désacraliser la cérémonie de « kpé sôsô » qui se fait au Togo. « Cette cérémonie est propre au Togo. C’est leur chose. Cette affaire a commencé depuis 2019 où une dignitaire a laissé entendre qu’elle a ramassé la pierre sacrée chez elle à Porto-Novo. En son temps, nous lui avons interdit qu’elle ne peut pas faire une telle cérémonie au Bénin. Mais depuis quelques jours, cette dignitaire est revenue à la charge comme quoi c’est elle qui détiendrait la vraie pierre. C’est comme si on vient nous dire que le vodoun « Tchina » qui est notre patrimoine culturel et cultuel, est plutôt pour le Sénégal ou la Guinée. Donc nous voulons informer les autorités à divers niveaux du Bénin des agissements de ces dignitaires qui risquent non seulement de ternir l’image de notre pays mais également de créer un conflit interreligieux entre le Bénin et le Togo. Que le Bénin s’occupe de ses pratiques cultuelles et laisse celles des autres pays », a déclaré Togbé Toffodji Aikpegbedji.

Même son de cloche du côté de la prêtresse Kangnissoukpè Agbénonévi de Ouidah. Pour elle, un « Kpessouvi » ne peut pas prétendre organiser la cérémonie de prise pierre. Le seul endroit, souligne-t-elle, où cette cérémonie est organisée depuis le temps des ancêtres est Glidji au Togo.
À en croire les conférenciers, plusieurs démarches sont déjà en cours et les autorités à divers niveaux sont déjà saisies afin de mettre fin aux agissements de ces dignitaires.
Joseph DEGLA
