Face à une urbanisation galopante qui redessine en profondeur le visage du Bénin, l’ancien maire de Porto-Novo, Emmanuel Zossou, livre une analyse lucide et prospective sur les limites actuelles de la gouvernance communale et les voies d’une décentralisation plus efficiente. Dans une tribune libre dense et argumentée, il appelle à l’institution des agglomérations comme cadre moderne de gouvernance intercommunale, capable de transformer les défis urbains en opportunités de développement durable.
Selon les données de la Banque mondiale, près de 51 % des Béninois vivent désormais en zone urbaine. Une mutation démographique majeure qui met à rude épreuve des communes historiquement pensées pour un Bénin rural. Congestion des villes, saturation des infrastructures, inégalités territoriales croissantes : les symptômes d’un modèle à bout de souffle sont manifestes. Pour Emmanuel Zossou, la question n’est donc plus de savoir s’il faut agir, mais comment repenser l’organisation territoriale afin d’accompagner efficacement cette transition.
S’inscrivant dans le cadre juridique de la décentralisation amorcée depuis la loi n°97-028 et consolidée par les réformes de 2009, 2021 et 2022, l’ancien édile souligne que l’urbanisation rapide – passée de 44 % en 2013 à plus de 50 % en 2024 – accentue les disparités régionales et exerce une pression excessive sur les pôles urbains majeurs, au premier rang desquels Cotonou.
La capitale économique concentre l’essentiel des activités administratives, commerciales et économiques du pays. Chaque jour, des flux massifs de populations et de véhicules y convergent depuis l’ensemble des communes, générant embouteillages chroniques, pertes de productivité, dégradation accélérée des infrastructures, pollution et insécurité routière. Une hyper-concentration qui, selon Emmanuel Zossou, aurait pu être atténuée si chaque département disposait de pôles de développement intégrés, capables de capter une partie de ces activités et de redistribuer la croissance sur l’ensemble du territoire national.
C’est dans cette perspective qu’il propose la création d’agglomérations, entendues comme des espaces de gouvernance intercommunale fondés sur la mutualisation des ressources et la planification concertée du développement. Cette approche, en parfaite cohérence avec les lois existantes et les Objectifs de Développement Durable, permettrait de renforcer la gouvernance territoriale, d’optimiser les investissements en infrastructures, de préserver la cohésion sociale en tenant compte des affinités historiques et culturelles, et de favoriser l’émergence de zones économiques intégrées, attractives pour les investissements privés et les partenariats public-privé.
Pour l’ancien maire de Porto-Novo, cette vision constitue la suite logique de la loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 portant Code de l’administration territoriale, laquelle clarifie les compétences des collectivités et renforce la coopération intercommunale. Elle offre également un cadre pertinent pour répondre aux défis climatiques croissants. L’urbanisation non maîtrisée accentue en effet les risques d’inondations, de pollution et de dégradation des sols, tout en fragilisant les infrastructures.
Les agglomérations permettraient ainsi de planifier des zones économiques durables, de promouvoir des mobilités propres, de préserver les espaces verts et d’aligner les politiques locales sur l’Accord de Paris et les ODD, en intégrant pleinement la transition énergétique et la gestion des risques climatiques.
Au cœur de cette réforme, Emmanuel Zossou met en exergue le rôle stratégique du Fonds d’Investissement Communal (FIC), créé en 2025 en remplacement du FADeC. Véritable pilier financier, le FIC apparaît comme l’outil idoine pour accompagner la mise en place des agglomérations, à travers la mobilisation de financements innovants, la péréquation des ressources, le renforcement des capacités locales, un suivi-évaluation rigoureux des projets et la promotion des partenariats public-privé.
En conclusion, l’ancien maire de Porto-Novo estime que la réforme des agglomérations, adossée au FIC, constitue une opportunité historique pour moderniser la gouvernance territoriale béninoise. Elle ouvre la voie à un Bénin plus équilibré, plus compétitif et plus solidaire, apte à relever les défis conjugués de l’urbanisation, de la mondialisation et du changement climatique.
« L’heure des agglomérations a sonné », affirme-t-il avec conviction, appelant à l’adoption d’une loi spécifique pour instituer ce nouveau cadre juridique et institutionnel. À titre de contribution citoyenne, il annonce d’ores et déjà une prochaine parution consacrée aux bases de cette future loi, poursuivant ainsi le débat sur l’avenir de la décentralisation au Bénin.
Marc KOSSOU
