Autrefois adulé et respecté, le métier de photographe au Bénin se voit aujourd’hui relégué au second plan. La montée fulgurante des technologies de l’information et de la communication, couplée à la démocratisation des smartphones, menace la survie d’une profession jadis emblématique. Plongée dans un univers où le cliché n’est plus un art, mais un simple geste à la portée de tous.
Porto-Novo, à quelques encablures du marché Ouando, 10h45. Sous une bâche vieillissante, Sylvain Dossa, photographe depuis plus de trente ans, nettoie le capteur de son appareil photo avec une précision quasi chirurgicale. Ce jour-là, comme tant d’autres, les clients se font rares. « Avant, je pouvais faire plus de cinquante photos d’identité par jour. Aujourd’hui, si j’en fais dix, c’est une bonne journée », confie-t-il, le regard voilé par une nostalgie muette.
L’avènement des smartphones : un tournant décisif
L’arrivée massive des téléphones portables, notamment les smartphones à haute résolution, a bouleversé la dynamique du métier. Désormais, chacun devient photographe de son quotidien, capturant à volonté les instants les plus anodins. « Avec un simple téléphone, on peut faire un selfie, ajouter un filtre, imprimer ou partager directement. Pourquoi payer un photographe ? », interroge Arsène T., étudiant à Cotonou, croisé à la sortie d’un cybercafé.
Une perte de repères professionnels
Cette facilité d’accès à l’image a fragilisé une profession qui, autrefois, exigeait technicité, sensibilité et créativité. « Nous ne sommes plus considérés comme des artistes, mais comme des prestataires inutiles », se désole Ernest Agbossou, photographe de mariage à Abomey-Calavi. « Même les cérémonies traditionnelles, qui étaient notre dernier refuge, commencent à nous échapper au profit des vidéastes ou de membres de la famille armés de téléphones dernier cri. »
Un métier en voie d’extinction ?
Selon plusieurs acteurs du secteur, le métier est menacé de disparition si des mesures d’accompagnement ne sont pas prises. « Les jeunes ne s’intéressent plus à la photographie comme métier. Ils veulent tous être influenceurs ou créateurs de contenu », constate avec amertume Clémentine Houénou, responsable d’un studio photo à Bohicon. Elle déplore également le manque de formation continue et l’absence d’un cadre législatif qui protège le métier face aux pratiques sauvages.
Des initiatives de résilience
Malgré ce sombre tableau, certains photographes tentent de se réinventer. C’est le cas de Rodrigue Kiki, basé à Porto-Novo, qui a su intégrer les réseaux sociaux dans sa stratégie. « J’ai compris qu’il fallait évoluer avec le temps. Je propose des séances photo personnalisées avec des retouches professionnelles. Je poste mes clichés sur Instagram, et cela me ramène une clientèle jeune, exigeante et fidèle. » Une adaptation salutaire, mais encore marginale.
Quel avenir pour la photographie professionnelle au Bénin ?
La question reste entière. Si l’État ne reconnaît pas la valeur patrimoniale de ce métier, il risque de sombrer définitivement. Il faudrait, selon plusieurs professionnels interrogés, une véritable politique de soutien à l’industrie photographique locale, notamment à travers des formations, des concours, des expositions et des subventions à l’acquisition de matériels.
En attendant, dans les ruelles des grandes villes béninoises, les studios ferment les uns après les autres. Seuls quelques irréductibles continuent de capturer des instants avec passion, espérant qu’un jour, la photographie retrouvera ses lettres de noblesse.
Marc KOSSOU
