Bénin : la mouvance présidentielle face à l’incertitude de l’après-talon

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Dans un an, Patrice Talon remettra les clés du palais de la Marina à son successeur. Pourtant, à l’approche de cette échéance, un appel de plus en plus insistant à un troisième mandat se fait entendre parmi ses partisans. Une situation qui traduit la crainte de voir l’actuel président quitter le pouvoir.

Depuis 2006, chaque fin de deuxième mandat d’un président béninois s’accompagne d’une tentative de prolongation. De Mathieu Kérékou, avec le mouvement Touche pas à ma Constitution de Reckya Madougou, à Boni Yayi, et désormais Patrice Talon, le scénario se répète. Les justifications avancées varient : certains estiment que la révision constitutionnelle de 2019 ouvre la voie à un nouveau mandat, tandis que d’autres louent le bilan de Talon, le considérant comme irremplaçable. Mais ces appels suscitent de vives réactions au sein de l’opinion publique, attachée au respect de la Constitution.

La peur de perdre le pouvoir

Patrice Talon sait que les Béninois tiennent à leur Constitution. Il en a lui-même fait l’expérience en 2017, lorsque sa tentative de réforme a été bloquée par l’Assemblée nationale. Ce n’est qu’en 2019, avec un Parlement acquis à sa cause, qu’il a pu mener à bien une révision constitutionnelle. Aujourd’hui, cette révision est brandie par certains comme un argument pour contourner la limitation des mandats.

Dans les états-majors politiques de la mouvance, la crainte de l’après-Talon grandit. Même en cas de victoire en 2026, le maintien de la cohésion au sein du camp présidentiel n’est pas garanti. Certains estiment donc que la meilleure solution serait que l’actuel président reste en place pour préserver leur dynamique.

Un climat politique incertain

En apparence, la mouvance présidentielle semble en position de force pour la prochaine élection. Pourtant, la répression contre des opposants politiques et les exclusions électorales suscitent des inquiétudes. Le silence observé dans les villes et campagnes pourrait être le signe d’un malaise profond. L’histoire récente a montré que le peuple béninois peut se montrer imprévisible, comme en 2016 lorsque Boni Yayi a échoué à faire élire son dauphin, Lionel Zinsou.

La tournée de reddition de comptes annoncée par Patrice Talon pourrait redynamiser son camp, mais l’interdiction de cet exercice aux opposants risque d’être perçue comme une entrave au débat démocratique.

À quelques semaines de la désignation du duo présidentiel de la mouvance pour 2026, l’inquiétude gagne du terrain. L’avenir politique du Bénin reste plus incertain que jamais.

Serge AVIDJÈMÈ

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