Abdou Chakou Adéoti n’a que 33 ans, mais il porte déjà sur ses épaules le poids d’une vie brisée par la haine et l’intolérance. Ce jeune béninois, originaire d’une petite ville du sud du pays, a récemment dû fuir sa famille et son pays natal pour échapper à des violences familiales brutales. La raison de son calvaire ? Son orientation sexuelle.
Dans une société béninoise encore fortement conservatrice, l’homosexualité est un sujet tabou, souvent associé à la honte et aux stéréotypes négatifs. Bien que le Bénin ne criminalise pas explicitement les relations homosexuelles, la pression sociale et familiale peut être écrasante. Abdou Chakou Adéoti en a fait l’amère expérience lorsque ses parents ont découvert son homosexualité.
« Je n’oublierai jamais ce jour », confie l’un des frères d’Abdou Chakou Adéoti, la voix tremblante. « Notre père nous a tous convoqués dans le salon, et toute la famille était là. C’était le 18 mars 2023. Il a commencé par frapper sans raison apparente Abdou Chakou, avant de crier qu’il était une honte pour la famille, pour le village. Notre mère, qui n’avait jamais levé la main sur nous auparavant, a suivi Abdou Chakou. J’étais terrifié. »
Les coups n’ont été que le début du calvaire pour Abdou Chakou Adéoti . Ses parents, à en croire son entourage, l’ont isolé, le 1er mai 2023 dans une maison durant environ 2,5 jours, refusant de lui parler et le privant de tout soutien financier. Il a été battu le premier jour et était soumis à un petit repas par jour. Les rumeurs dans le quartier se sont vite répandues, et il a commencé à subir des menaces, non seulement de ses proches, mais aussi de certains membres de la communauté. « On lui a dit qu’il méritait de mourir, que son existence était une offense à Dieu », raconte l’un des voisins d’Abdou Chakou, les larmes aux yeux. Toujours selon ce dernier, Abdou Chakou Adéoti, le 31 décembre 2023, sera amené par ses parents dans la partie septentrionale du Bénin chez un guérisseur traditionnel car pour ses géniteurs il serait sous l’influence des forces maléfiques. Là aussi, le jeune Abdou Chakou Adéoti va subir toutes formes de sévices de la part du maître des lieux. Il sera soumis là à des tâches quotidiennes mais était également battu par le guérisseur.
Face à ces persécutions, Abdou Chakou Adéoti n’a vu qu’une seule issue : la fuite. « Il n’avait pas d’autre choix. S’il restait, ils l’auraient tué », nous a confié son jeune frère. C’est ainsi qu’il a pris la décision difficile de quitter sa maison et son pays, laissant derrière lui sa vie, ses amis et ses souvenirs d’enfance. Mais bien avant celà, il est resté à Porto-Novo auprès d’un proche juste après sa fuite de chez le guérisseur. Désormais, il vit dans la peur constante que son passé le rattrape, mais il est déterminé à reconstruire sa vie ailleurs, où il pourra enfin vivre librement et sans honte.
Cette histoire, bien que tragique, est loin d’être un cas isolé. De nombreux jeunes homosexuels au Bénin et dans d’autres pays africains sont confrontés à des violences similaires, alimentées par des croyances religieuses, des normes sociales rigides et l’ignorance. Des organisations locales et internationales tentent de leur venir en aide, mais la route vers l’acceptation et l’égalité des droits reste longue et semée d’embûches.
Pour Abdou Chakou Adéoti, le chemin vers la guérison est encore long. Mais son courage et sa détermination à vivre pleinement sa vérité sont un témoignage poignant de la résilience humaine. Près d’un an après, il est toujours recherché par sa famille qui compte en finir avec lui car, selon elle, Abdou Chakou Adéoti représente une honte, une aberration chromosomique qu’il faut rayer de la famille Adéoti.
Joseph DEGLA
