C’est le meneur principal du putsch du 26 octobre 1972 au Bénin. Le Patriarche Karim da Silva, puisque c’est de lui qu’il s’agit, revient ici sur des détails très importants de ce coup d’Etat dont il en est non seulement le principal bailleur mais également le cerveau pour le rôle plus qu’important qu’il a eu à jouer pour la réussite de l’opération. C’est à travers un entretien que le président du Conseil des Sages de la ville de la ville de Porto-Novo a accordé à votre journal, à la veille du cinquantenaire de ce coup d’état historique qui a mis fin au régime du « monstre à trois têtes ».
Lisez plutôt les propos du Patriarche Karim da Silva
« La fin de l’année 1969 aurait pu être catastrophique pour ce pays et je m’étonne que personne n’en parle. On a parlé et vomi sur le P.R.P.B.. Mais en matière d’horreur il y a eu pire. Je veux parler du tribunal d’exception créé par Emile Derlin Zinsou et dont le mode de fonctionnement annoncé à la radio dans les premiers jours de décembre 1969, était le suivant : « toute personne pouvait être arrêtée, sur simple dénonciation, voir ses biens confisqués, être jugée, condamnée à mort et exécutée le même jour par ce tribunal domestique dont la procédure arbitraire était expéditive ! » Aucun respect pour la dignité humaine ! C’est cela, le vrai visage de Emile Derlin Zinsou. Ce qu’il faut savoir, c’est que comme dit l’autre, Emile Derlin Zinsou a fait très tôt de la délinquance domaniale son credo. L’homme fortuné et avec les biens que j’avais, était forcément pour lui quelqu’un à abattre. Et, il était impatient. Faux en écriture aux domaines, fort de sa position de chef d’état, pressions inadmissibles et incroyables sur les magistrats, toujours parce qu’il était le président de la république et enfin pour finir son vrai visage hideux de l’homme tout puissant qui à cause de son pouvoir, décréta d’humeur qu’il avait créé un tribunal d’exception qui ne serait pas forcément composé de magistrats, et vers lequel on conduirait les personnes arrêtées sur simple dénonciation pour qu’elles y soient jugées, tuées le même jour et leurs biens saisis. L’année 1970 connut de dangereuses et vaines élections qui conduisirent le 7 mai au Conseil Présidentiel, une structure à présidence tournante. Le premier président, Hubert MAGA, s’installa pour un règne de deux ans qui ne connut aucune péripétie, du moins, ou presque, puisque le 23 Février 1972, échoua une tentative de coup d’Etat militaire, au cours de laquelle un loyaliste perdit une oreille, et un assaillant, la vie. Le verdict de la Cour Martiale, qui condamna à mort les conjurés du 23 Février 1972, loin de ramener la quiétude ne fit que repousser l’échéance et signa la fin du Conseil Présidentiel. Iropa Maurice KOUANDETE, l’homme qui me délivra du pouvoir en place en 1969 était du nombre des conjurés arrêtés, jugés et condamnés à mort. La reconnaissance envers lui et le devoir citoyen, devant un pays en proie à une corruption honteuse qui avait atteint des proportions indicibles, commandaient de réagir dans les meilleurs délais. Il fallait remettre le pays sur les rails.
Dans ce contexte, l’été 1972 fut celui de la conspiration contre le Conseil Présidentiel. De tous les coups d’Etat en gestation supposés, un seul en fait fut véritablement bien préparé. C’est celui du groupe de Porto-Novo qui se réunissait à mon domicile. C’est celui qui triomphera le 26 Octobre 1972.
Ce groupe comprenait, le Colonel Alphonse ALLEY, le douanier Alexis AGBO, les fonctionnaires des PTT André AHONLONSOU et Thomas Septime MISSINHOUN, le Commandant Mathieu KEREKOU, le Chef d’Escadron Barthélémy OHOUENS, l’ambassadeur de GUINÉE Lansana KOUROUMA, notre ambassadrice, et moi-même. Nous étions les seuls pilotes à bord, et j’en étais le principal meneur.
KEREKOU avait été accusé d’avoir trempé dans l’affaire KOVAC’S du nom d’un européen fournisseur de notre état. Une bien triste affaire où l’ex-ministre des finances était devenu l’obligé d’un fournisseur de I’Etat. Or, il s’agissait d’une tentative de financement de notre putsch par usurpateur du pouvoir présidentiel de 1968 et déchu en décembre 1969, pour s’arroger la paternité du coup, afin de réclamer un poste ou des avantages. J’avais refusé catégoriquement cette aide et demandé aux militaires d’en disposer pour leurs familles. Ils représentaient la branche la plus exposée au risque de mort dans cette organisation puisque c’est eux qui devaient exécuter le coup. KEREKOU n’a donc rien reçu pour lui-même. Maintenant, je veux poser cette question au général en face : Où était-il et qu’a-t-il fait pour défendre le général KEREKOU, lorsque de son vivant, on a tenté de le salir en disant qu’il avait été corrompu dans cette affaire KOVAC’S ? Je ne crois pas l’avoir entendu pendant que je fus le seul à éclaircir cette affaire et blanchir KEREKOU.
Mais revenons à l’exécution du coup du 26 Octobre 1972. Il fallait retarder la réunion du Conseil des ministres pour permettre aux soldats en route vers le palais présidentiel de ramasser tout ce beau monde. Connaissant la plupart de ces messieurs importants, leur manière d’être, et leur façon de penser, j’avais alors imaginé de créer un faux problème au moyen d’une lettre que je leur fis parvenir en plein Conseil des ministres.
La lettre, bien étudiée et pesée, que j’envoyai à l’intention du Ministre de l’Intérieur Arouna MAMA, était une lettre ouverte qui fit distraction et retarda, comme souhaité et prévu, la fin des travaux du Conseil des Ministres, jusqu’à ce que ses membres fussent cueillis. Cette lettre, ces messieurs, trop sérieux et tatillons, auraient dû banaliser pour rentrer chez eux à temps. Mais, se voyant nargués, par son contenu, ils trouvèrent impertinente mon attitude. En effet, à cause de leur orgueil, je les invitais indirectement dans cette lettre à venir m’arrêter, en leur indiquant où me trouver, et à quel moment. Ils ne purent éviter le piège. Tant et plus la lettre fit diversion, et c’est ainsi qu’ils tombèrent de summum en misère. La révolution du 26 Octobre 1972, revendiqua que le Dahoméen soit responsable et compte sur ses propres forces. Si quelques pays nous avaient suivis sur cette voie du « Compter sur nos propres forces » l’Afrique eût été sauvée. Mais cette fois-ci ce ne fut pas ‘occident. Des cadres dahoméens crurent avoir découvert dans le marxisme la solution aux maux du pays. Après tout c’est également leur pays. Notre révolution n’était pas une affaire de marxisme-léninisme. Mais les tenants de cette ligne séduisirent KEREKOU. Or, parmi eux, il y en avait qui ne voulaient que régler d’autres comptes en se servant du marxisme-léninisme. Ils réussirent si bien dans leur immonde entreprise que KEREKOU s’égara à perdre ses amis d’antan, baptisés désormais de tous les noms d’oiseaux, bourgeoisie compradore, réactionnaires, et que sais-je encore ? KEREKOU s’enticha alors des rêveurs de la dictature du prolétariat et prit certaines de ses vieilles connaissances et quelques amis pour des ennemis: il échoua, sa politique aussi! La suite on la connait. »
