Répression politique au Bénin : Le parcours contraint à l’exil de l’activiste politique de l’opposition Sobourou Akinotcho

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Lomé, mai 2021. — Quelques semaines après la présidentielle d’avril 2021, émaillée de violences et de tensions, Sobourou Akinotcho, militant du parti MADEP et figure de l’opposition locale, a trouvé refuge au Togo. Depuis Lomé, il a accepté de livrer un témoignage exclusif sur les persécutions qui l’ont poussé à fuir son pays.

Un enlèvement occulté

Au plus fort de la campagne électorale, Akinotcho déclare avoir été enlevé par des militaires, séquestré plusieurs jours, puis violemment malmené. « Ils m’ont laissé un bras fracturé et le corps couvert de blessures », affirme-t-il. Ses agresseurs lui auraient intimé de renoncer à toute activité politique.
Un autre opposant joint par notre rédaction confirme que « plusieurs activistes avaient disparu, avant de réapparaître traumatisés et blessés », dans ce qui ressemblait à une stratégie de dissuasion systématique.

La marche du 26 avril, un moment décisif

Malgré ces intimidations, Akinotcho prend part à la marche pacifique du 26 avril 2021, organisée pour exiger le respect de la Constitution, la liberté d’expression et l’indépendance de la justice. La manifestation est rapidement dispersée par les forces de l’ordre.
Deux jours plus tard, son domicile est pris d’assaut par la police républicaine. « Ils m’ont roué de coups sous les yeux de ma femme et de ma fille, en me promettant la prison à vie », se souvient-il.
Dans la même période, Amnesty International publiait un rapport dénonçant l’usage disproportionné de la force contre des manifestants pacifiques et l’instrumentalisation de la justice pour réduire au silence les voix dissidentes.

La CRIET, un outil de dissuasion

Peu après, le nom d’Akinotcho apparaît dans les dossiers de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), aux côtés de nombreux autres militants. Les accusations formulées sont lourdes : « atteinte à l’intégrité territoriale », « attroupement illégal » et « perturbation du processus électoral ».
Un juriste béninois rencontré à Lomé confie : « La CRIET s’est imposée comme une arme de dissuasion politique. Elle n’a pas toujours besoin de condamner ; la crainte d’y comparaître suffit à museler. »

L’exil forcé à Lomé

Confronté à une menace grandissante, Sobourou Akinotcho décide de franchir la frontière. Le 5 mai 2021, il rejoint le quartier d’Agoè-Légbassito à Lomé, où il tente depuis de se reconstruire. « Je n’ai jamais souhaité quitter ma patrie, dit-il d’une voix empreinte de fatigue. Mais on m’a laissé le choix entre la prison, la mort ou l’exil. »

Un témoignage révélateur d’une dérive

L’histoire d’Akinotcho illustre le sort de nombreux opposants béninois victimes de répression à la veille du scrutin de 2021. Le constitutionnaliste Joël Aïvo et l’ancienne ministre Reckya Madougou, tous deux candidats déclarés à la présidentielle, avaient été arrêtés, exclus de la compétition puis lourdement condamnés par la CRIET.
Ces cas, conjugués à des témoignages comme celui d’Akinotcho, alimentent l’analyse selon laquelle l’espace démocratique au Bénin s’est considérablement rétréci durant cette période.

Aujourd’hui réfugié au Togo, Akinotcho demeure habité par un seul regret : l’arrachement à sa terre natale. « Je n’ai fait que défendre la Constitution et la démocratie, confie-t-il. Mon combat se poursuit, même loin de Porto-Novo. »

Clément KOKOU

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